Amis lecteurs, bonjour ! Je vous emmène au théâtre.

 

CR Stéphane Trapier; source Théâtre du Rond-Point

 

Novecento © Stéphane Trapier (Source: Théâtre du Rond-Point)

 

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yon, vendredi 31 octobre, 20h. Soir d’Halloween. Pas de déguisement pour moi, j’ai rendez-vous au magnifique Théâtre des Célestins, tout illuminé, vers lequel les gens convergent en petits groupes, comme des papillons attirés par une source de lumière.

Ce soir, c’est la première de "Novecento", un monologue théâtral adapté en français par un grand comédien, André Dussollier, qui en est également l’interprète. Le texte d’origine est un roman éponyme de l’auteur italien Alessandro Baricco, traduit en français sous le titre "Novecento : pianiste".

Les sièges se remplissent petit à petit et je me rends compte que, même en étant assise assez haut, au balcon, j’ai de la chance d’être à gauche de la scène, là où se placera le comédien la plupart du temps. En attendant l’ouverture du rideau, je lève les yeux et observe la beauté de la "petite" salle des Célestins, que je découvre pour la première fois. Sur la scène, le décor est minimaliste : une caisse en bois et derrière, un décor qui couvre toute la longueur et la hauteur de la scène sur lequel est peinte la coque d’un paquebot.

Quand les lumières s’éteignent, mon cœur se met à battre plus fort. Le spectacle commence. André Dussollier arrive sur scène, vêtu d’un élégant costume trois pièces, chapeau melon et portant une petite valise. Il commence par cette phrase : « Comment vous dire ? ».

Et c’est parti. Le comédien entre par la porte dessinée dans le décor, les lumières révèlent alors ce qui se cache derrière, un double escalier et un orchestre de jazz, le rideau peint se lève et nous sommes plongés dans l’intérieur du paquebot. L’histoire commence.

André Dussollier interprète Tim Tooney, le trompettiste du paquebot, qui vient raconter le récit de son amitié avec Novecento dont il a été le témoin privilégié de sa drôle de vie. Le comédien réussit même à nous faire croire pendant dix secondes qu’il joue réellement de la trompette ! 

Né sur un bateau en 1900, Novecento est recueilli par un membre de l'équipage, Danny Boodman, alors qu'il a été abandonné sur le piano de la salle de bal des premières classes. Il apprend le piano par hasard et deviendra un prodige. Sa réputation traverse les océans, on vient de loin pour l’écouter, car il ne descendra jamais à terre, ou pour se mesurer à lui comme le grand Jelly Roll Morton. Danny Boodman T.D. Lemon Novecento, son nom complet, est un curieux personnage qui est autant sérieux que facétieux, génial que fou et garde néanmoins quelque chose d’enfantin. 

Seul sur scène, Dussollier déborde d’énergie : il parle, chante, rit, crie, court et danse, accompagné d’un non moins formidable quatuor de musiciens qui ponctue le texte de morceaux plus ou moins connus, allant de Bach au jazz libre. Epoustouflant ! Le pianiste, le contrebassiste, le trompettiste et le bassiste jouent en direct et c’est tout simplement magique. L'univers sonore dans lequel Novecento a vécu et qui l'inspire est également représenté par un percussionniste qui nous fait entendre les sons du bateau, le bruit des machines, des pistons et de la mer.  

Le texte est déclamé à la perfection, André Dussollier est toujours juste et de sa belle voix grave, il réussit à donner vie à une myriade de personnages. Les spectateurs n’ont aucune difficulté à se les imaginer. Il interprète tous les personnages du bateau et les fait vivre.

Laissez-vous emporter par cette belle et mystérieuse histoire, un conte un peu magique aussi, d’Alessandro Baricco.  

Que dire de plus ? Le texte est magnifique, poétique, humoristique et touchant. Le comédien nous embarque avec lui dans ce voyage un peu spécial, dans un autre monde et une autre époque, on rit beaucoup, beaucoup, on écoute avec un grand sourire aux lèvres les morceaux de musique. On ne voit évidemment pas les 1h30 passer. On en ressort léger et en même temps la tête grisée par le spectacle et la musique, comme si l’on venait de passer une journée sur un bateau en pleine mer et que l’on sentait encore le roulis de la mer sous nos pieds. Difficile de retrouverla terre ferme...

Un conseil : si vous êtes à Paris, courez vite au Théâtre du Rond-Point où la pièce est jouée du 12 novembre jusqu'au 6 décembre, puis du 11 décembre au 11 janvier. Après Lyon et Paris, elle repartira en tournée (Annecy, Toulon, Antibes, Marseille, Namur, Angoulême, Pully, etc. jusqu'en mars 2015).