Amis cinéphiles, bonjour !

Voici le deuxième numéro (il y en aura d'autres, c'est promis et c'est pour cela que je n'ai pas écrit "second") de "Vos billets, svp !" Cette fois-ci, je vais vous parler du dernier film de Woody Allen, "Magic in the moonlight".

 

Source Allociné

Source Allociné

Pas la peine de présenter le réalisateur. Je ne vais pas non plus m'essayer à une critique comparée de son dernier film et des précédents. Je laisse ce travail aux vrais critiques et aux experts de sa filmographie.

Je ne suis pas totalement néophyte en la matière, puisque j'ai vu plusieurs de ses films. Il est vrai que j'aime son cinéma, même si certains films m'ont plus touchée que d'autres, ce qui est normal, mais je voue une admiration sans borne à la musique de ses films ! Ah, le jazz ! Je vous assure qu'en sortant de "Magic in the moonlight", je fredonnais l'air, un grand sourire aux lèvres, et il m'a trotté dans la tête pendant un bon moment. J'aime é-nor-mé-ment cette musique que je trouve très rythmée, joyeuse, enlevée et qui donne la pêche. Pour moi, la musique joue le rôle d'un déclencheur d'émotions. Quand j'écoute du boogie woogie, du rock'n roll (le vrai, celui des années 50), du charleston ou une musique latine, j'ai envie de me lever et de danser ! Quand j'écoute du jazz joyeux (je précise), j'ai le sourire et suis de bonne humeur.  

Contrairement à mes habitudes, comme je vous le racontais dans mon précédent billet, je suis allée au cinéma sans avoir vu la bande annonce ! C'est une grosse exception ! D'ailleurs, cela faisait quelques semaines que je n'avais pas mis les pieds dans un cinéma et ne me tenais plus vraiment au courant des dernières sorties. C'est ainsi que j'ai raté "Still the water" de Naomi Kawase que j'espérais voir, après en avoir entendu parler lors du dernier Festival de Cannes.

Un soir, en descendant du tram, j'ai remarqué l'affiche accrochée sur le cinéma. J'ai pensé: "Tiens, il a l'air pas mal". Jugement complètement arbitraire. Il faut dire que c'était la seule affiche qui détonait un peu au milieu d'affiches pour la plupart assez sombres, grâce à un fond blanc et à sa luminosité. Certes, c'était fait exprès. D'une part pour correspondre au thème du film et d'autre part, pour attirer l'oeil du spectateur. Ce soir-là, j'ai fait cinq mètres, pris le programme du cinéma et suis rentrée chez moi lire le résumé. Quelques jours plus tard, je suis allée voir le film. Sans avoir vu la bande annonce. J'ai bien fait.

 

Le résumé

Dans les années 20, Stanley Crawford est le plus grand magicien de tous les temps. Connu sous le nom de Wei Ling Soo, il enchante son public en faisant des numéros époustouflants, comme faire disparaître un véritable éléphant sur scène. Son meilleur ami, Howard Burkan, également magicien, lui demande son aide pour démasquer une jeune femme, Sophie Baker, qui se prétend médium et qui est en train de faire les poches, à l'aide de sa mère, d'une richissime famille américaine en villégiature sur la côte d'Azur. Arrivé sous une fausse identité chez les Catledge, Stanley Crawford est d'abord ravi et se prête au jeu, mais il déchante très vite. Il semblerait que la médium ait bien des pouvoirs. Stanley Crawford se retrouve partagé entre ses positions rationalistes (il n'existe qu'un monde, celui dans lequel nous vivons) et la nouvelle vision apportée par la jeune femme (l'existence d'un monde surnaturel), qui semble très séduisante... (l'ambiguïté est voulue, vous comprendrez en allant voir le film).

 

Avis 

C'est un très beau film marqué par une musique extraordinaire et des décors somptueux. Le film se déroule dans plusieurs lieux, bien marqués scénographiquement: Berlin et son théâtre, aperçu au début, c'est la vie professionnelle ; quelques petits moments à Londres, c'est la vie quotidienne ; et la Côte d'Azur: là où tout se joue, c'est le centre de la scène. Une partie du film se déroule donc en France, un pays dans lequel le réalisateur aime tourner (cf. "Midnight in Paris") et auquel il donne une lumière magnifique et un peu magique. Les plans sur la Côte d'Azur sont splendides. La musique est parfaite, très bien choisie.

Le personnage de Stanley Crawford, incarné par Colin Firth, est le double cinématographique de Woody Allen. On le sait et on le sent à la minute où il commence à parler de ses positions philosophiques. L'acteur est excellent dans le rôle, il se murmure qu'il aurait été écrit pour lui... Il est très à l'aise dans ce personnage à la fois touchant par ses maladresses et ses erreurs et parfaitement détestable (regardez le début du film) tant il est imbu de lui-même et sûr de ce qu'il avance.

Emma Stone, alias Sophie Baker, impressionne par un jeu simple et naturel qui charme tout le monde. Elle maîtrise les caractéristiques de son personnage avec beaucoup de finesse. Jouant une médium, elle incarne le monde de l'illusion et semble très à l'aise dans l'exercice. D'ailleurs, le réalisateur fait habilement comprendre au spectateur qu'elle ne souhaite pas manipuler ses clients pour son propre profit (ce serait plutôt du ressort de sa mère). Au fond, Sophie Baker est une fille gentille qui a un don et souhaite simplement apporter une lueur d'optimisme à ceux qu'elle rencontre et qui en ont besoin.  

La scène où l'on voie Stanley Crawford prier est assez stupéfiante, car plutôt inhabituelle chez Woody Allen. En fait, le réalisateur n'a pas changé, il est toujours aussi habile à ciseler ses répliques au cordeau pour ses personnages, notamment celui de Stanley. Il reste cynique et sarcastique et c'est aussi pour cette raison qu'il est autant apprécié. Le film montre les relations entre deux magiciens qui, même s'ils exercent le même métier, ne le font pas pour les mêmes raisons. Deux mondes s'affrontent: le rationalisme et le surnaturel. Qui vaincra l'autre ? Je vous laisse juger, il se pourrait que vous soyez supris. Mention spéciale à la dernière demie heure du film, particulièrement réjouissante, où l'on assiste à un échange entre Stanley et sa tante sur le sentiment amoureux. Drôle et savoureux, ces répliques sont prononcées sur un ton faussement badin et font penser aux films américains des années 20-30, comme ceux d'Ernst Lubitsch.

Seul conseil: allez-y, vous serez agréablement surpris.

Pour la petite musique, il s'agit de celle-ci:

Leo Reisman plays Cole Porter - You Do Something To Me, 1929