Amis spectateurs, bonjour !

En ce mois de rentrée, j'ai envie d'inaugurer une nouvelle rubrique consacrée... au cinéma. J'ai longtemps hésité avant de me lancer, car je pensais que ça n'intéresserait personne de lire ce que j'ai à dire sur tel ou tel film, si j'ai aimé ou pas. Après tout, chaque personne se fait sa propre opinion, alors pourquoi la mienne plutôt qu'une autre. Finalement, je crois que je vais tenter l'expérience et advienne que pourra ! J'aime beaucoup le cinéma, j'essaye d'y aller régulièrement, mais en choisissant soigneusement le film que je vais aller voir. C'est très important pour moi.

N'étant pas journaliste et critique de cinéma (malheureusement), je ne suis pas invitée à aller voir les nouveautés qui sortent chaque semaine. Par conséquent, je vais voir un film parce qu'il me plait. C'est même la condition sine qua non. Je me renseigne, lis des critiques (dans des journaux différents), regarde la bande annonce et essaye de me faire une idée avant. Ce n'est pas parce qu'il y aura une promotion monstre sur le nouveau x ou y que j'irai le voir obligatoirement. Au contraire, je crois que je privilégie les films qui font peu de bruit à leur sortie. Peut-être parce que j'ai l'impression que je serai moins déçue... Peut-être parce que j'aime les films qui suscitent des émotions, des sensations et des réflexions chez le spectateur et que j'évite ceux qui utilisent la musique à fond, les effets spéciaux à tire-larigot et les gros plans sur les visages pour tirer les larmes du spectateur...

Bref, j'ai décidé d'intituler cette rubrique "Vos billets, svp!". En fait, cette idée remonte à la période du lycée, j'étais en série littéraire et on nous avait fortement incité à nous cultiver en ouvrant nos yeux et nos oreilles. Autrement dit, en allant le plus possible au cinéma, au musée, voir des expos, etc. J'avais alors imaginé une rubrique journalistique consacrée au cinéma qui me permettait de donner mon avis sur chaque film vu, comme si ces compte-rendus s'adressaient à un lecteur imaginaire. Un peu comme ici finalement... Je crois bien que j'ai toujours ce carnet, rangé quelque part dans un tiroir, dans lequel je m'amusais à coller le billet correspondant au film à la fin de chaque article... Et puis, j'avais intitulé cette rubrique "Vos billets, svp!". Voilà pourquoi je la reprends sur mon blog. 

 

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Le film dont je vais vous parler s'intitule "Gemma Bovery" et il s'agit du dernier film d'Anne Fontaine. Vous en avez certainement déjà entendu parler !Je suis allée le voir, d'une part, pour le rappel littéraire avec Flaubert (Madame Bovary était au programme en 1ère) et, de l'autre, pour les acteurs.

Synopsis: Adapté d'un roman éponyme de Posy Simmonds, le film raconte comment la vie du boulanger d'un petit village se retrouve chamboulée par l'arrivée d'un couple d'Anglais dont les noms lui semblent étrangement familiers. Depuis sept ans, Martin Joubert (incarné par Fabrice Luchini) a repris la boulangerie paternelle et croyait avoir enfin trouvé la paix dans ce village normand. Mais l'apparition d'une belle Anglaise prénommée Gemma qui s'installe avec son mari, Charles Bovery, dans la maison d'à côté va lui donner des hallucinations. En effet, il croit voir son héroïne préférée, Emma Bovary, dans chacun de ses gestes et de ses actes et son destin va l'obséder jusqu'au drame final.

 

Verdict ? Tout d'abord, je dois préciser que je n'ai pas lu le "roman graphique" (=BD ?) de Posy Simmonds. Je ne peux donc pas faire de parallèle entre la version de l'auteur et la manière dont la réalisatrice l'a adapté. 

D'une manière générale, j'ai assez bien aimé le film, mais je vais tout de suite nuancer. Imaginer la vie de l'héroïne de Flaubert au XXIème siècle était plutôt une bonne idée de départ, même si je regrette les nombreux clichés (qui devaient être déjà dans le livre?): le village normand digne d'une carte postale, la naïveté de Gemma Bovery, ses costumes, la bêtise des personnages, les comportements un peu caricaturaux, une certaine mièvrerie, les petites joutes verbales entre Français et Anglais sur la nourriture, l'obsession autour du pain français... On a l'impression que l'auteure a voulu créer la version anglaise et contemporaine d'Emma Bovary, mais uniquement au moyen des stéréotypes habituels. De ce côté-là, c'est un peu raté, parce que chaque personnage semble avoir été tracé à gros traits, vite fait, de manière schématique. Contrairement à Flaubert, il n'y a pas de vraie satire...

Le jeu des acteurs est parfait, il n'y a rien à dire, surtout Luchini qui n'a pas besoin de parler pour être expressif et faire comprendre au spectateur ce qu'il ressent. Evidemment, quand il parle anglais, ça fait vite grincer des dents et c'est dommage que le Français soit toujours cantonné à être celui qui ne sait pas parler anglais. Pourtant ici, Martin Joubert semble un homme cultivé, un "bobo" parisien qui écoute les émissions de France Culture dans sa boulangerie, et un amoureux de la littérature... Du coup, le contraste s'accentue entre lui et Wizzie, la Française snob (Elsa Zylberstein), qui veut décorer sa maison "mi-Versace mi-japonais" et parle un anglais impeccable.

Pour revenir au personnage de Gemma, l'Emma du XXIème siècle, elle est parfois d'une naïveté confondante. Sa mort, que l'on apprend dès le début du film, relève d'un quiproquo tragique...  De ce côté, il n'y a aucun suspense, l'héroïne mourra. De la même manière, Hervé, le jeune chatelain, est une copie conforme de Rodolphe transposé au XXIème siècle. 

Cependant, il faut noter la belle partition des chiens dans le film, Carrington et Gus (vous devinerez qui est à qui). D'ailleurs, sans eux, Martin et Gemma ne se seraient pas rencontré et le reste ne serait pas arrivé. Hormis quelques répliques creuses (cf. "la croûte originelle"), d'autres sont incroyablement drôles, mention spéciale à la toute fin du film qui nous ramène en quelque sorte au début, un peu comme si on repartait pour un tour de manège... Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher la fin à ceux qui ne l'auraient pas vue. 

En résumé, la réalisatrice s'attache à peindre ses personnages en fonction du désir qu'ils suscitent chez les autres, qu'il s'agisse d'un désir amoureux, d'un désir fantasmé, d'un désir de convoitise... Mais ce que le spectateur qui n'a pas lu le livre de PS ne sait pas, c'est si la réalisatrice est plus habile que l'auteure, si elle a conscience de la bêtise et du grotesque des personnages et si elle en joue. Je vous pose la question.

Qu'en pensez-vous ?

En fait, tout le film repose sur le personnage de Martin, bien que le titre dise le contraire, qui se plait à prendre la place de son auteur favori, Flaubert, et à jouer avec ses personnages. Fabrice Luchini excelle dans ce type de personnage, car il a un fort pouvoir de conviction et le rythme qu'il impose à ses phrases (moins prononcé qu'à son habitude) agit sur nous comme un prestidigitateur. On croit à ce qu'il nous raconte, on parvient à imaginer que Gemma est vraiment Emma, car on la voit avec ses yeux à lui ! D'ailleurs, il est tellement hanté par la littérature qu'il croit tout ce qu'on lui dit et qu'un rien suffit pour que tout redémarre...!

Pour finir, mon seul conseil serait de vous laisser guider par votre intuition ! Si vous aimez les acteurs, si le sujet vous intrigue ou si vous voulez entendre parler anglais par des Anglais sans doublage, alors allez-y !

PS: Vous me direz ce que vous en avez pensé ?