Amis lecteurs, bonjour !

Je vous emmène aujourd'hui en balade à Paris, plus précisément au Musée de la Marine, dans le 16ème, pour découvrir une magnifique exposition consacrée à l'Obélisque de la place de la Concorde. Dêpêchez-vous d'y aller, car elle fermera ses portes le 6 juillet prochain.

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En fait, l'exposition se propose de retracer le très long et très impressionnant (pour l'époque) voyage périple de cet obélisque qui aura mis 6 ans avant d'être érigé sur la célèbre place de la Concorde. Ce fut véritablement une aventure hors du commun, car toute la difficulté résidait dans le fait d'abattre l'obélisque sans le briser, puis de le transporter depuis Louxor jusqu'à Paris, où il fut installé, ce qui nous permet, à l'heure actuelle, de posséder un bon nombre d'archives, documents en tout genre et croquis qui retrace cet événement.

Comme les photos étaient interdites dans l'expo, je ne peux malheureusement pas vous montrer les différentes salles, mais sachez que l'expo est extrêmement bien faite. Emmenez-y vos enfants, ils ne s'y ennuieront pas, car il y a de nombreuses maquettes (à leur hauteur) et beaucoup de documents (archives, photos, reconstitutions et divers objets); tout cela est très bien expliqué. Pour ma part, j'y suis restée près d'une heure à tout lire et tout regarder. D'ailleurs, vous pouvez vous procurer l'album de l'exposition à la boutique du musée pour 8 euros, afin de garder un souvenir concret de l'expo: il est très bien conçu, richement illustré et, pour ceux qui y seront allés, on y retrouve certaines illustrations vues dans l'expo.

Passons à la description de l'expo: "Le voyage de l'Obélisque: Louxor-Paris (1829-1836)". Je vous donne les grandes lignes...

Depuis toujours, l'Egypte antique fascine les Européens: pyramides, tombes secrètes, trésors cachés, légendes, mystères non résolus, pharaons et langue indéchiffrable (pendant un longtemps)... ont contribué à attirer les scientifiques, chercheurs, artistes et autres savants (sans oublier les touristes !) dans ce pays. Au XVIIIème siècle, la Campagne d'Egypte par Napoléon relance l'intérêt (même s'il n'avait jamais vraiment faibli) pour ce monde méconnu et terriblement dépaysant. Quand il débarque à Alexandrie, accompagné d'une pléïade d'artistes et de savants, il s'agit avant tout d'une opération militaire, déguisée en opération culturelle. Il faut citer l'un deux, Vivant Denon, qui deviendra par la suite le directeur du Louvre, dont les croquis et esquisses ont remporté un immense succès. Malheureusement, sur le plan militaire, la conquête napoléonienne est plutôt un désastre et les Français finissent par capituler en 1801. 

En 1822, Jean-François Champollion, jeune chercheur français, parvient à déchiffrer les hiéroglyphes. Entre temps, le vice-roi d'Egypte, Méhémet-Ali, a commencé une campagne de modernisation de l'infrastructure du pays à l'aide d'ingénieurs français, sans vraiment tenir compte du patrimoine hautement historique des lieux.

En 1829, il propose de donner à la France les deux obélisques d'Alexandrie. Mais Champollion intervient et propose qu'on donne plutôt les obélisques du Temple de Louxor à la France, car ils sont bien mieux conservés. Le problème, c'est qu'ils se trouvent à 700km de l'embouchure du Nil. Les obélisques de Louxor ont été érigés de part et d'autre du Temple du même nom par Ramsès II, au XIIIème siècle avant J.-C., et symbolisent un rayon de soleil prétrifié, soit le point de contact entre le monde des dieux et celui des hommes. Les pharaons y faisaient donc gravés leurs exploits et leurs hommages aux dieux; chaque face avait son importance et correspondait aux quatre points cardinaux.  

Finalement, en 1830, la France reçoit la confirmation de l'Egypte et la machine s'enclenche. Un bateau très spécial, le "Luxor" (car le but de son voyage est Louxor) est construit à Toulon: bateau à fond plat, dont l'intérieur est construit de manière à pouvoir faire voyager l'obélisque sans encombres jusqu'à Paris, mais ça ne se passera pas tout à fait comme prévu !

C'est l'obélisque occidental qui a été choisi, légèrement plus petit que son voisin, il mesure quand même 22,37m de haut et pèse entre 220 et 230 tonnes !

   En avril 1831, le Luxor quitte le port de Toulon, chargé de vivres, avec 121 hommes à bord (officiers, matelots et ouvriers spécialisés). Arrivé à Louxor le 14 août, après avoir remonté le fleuve par halage, il s'échoue sur la rive dans une cale creusée spécialement par une partie de l'équipage sur place.

Le début des opérations de désensablement de la base de l'obélisque commence.... Il faut surtout protéger le bateau du soleil en le recouvrant de nattes arrosées d'eau chaque jour, et ce pendant des mois ! Une fois la base de l'obélisque désensablé, on l'entoure d'un coffrage en bois. Des centaines de travailleurs locaux sont engagés pour participer aux opérations et une chaussée de halage de 400m de long a été creusée entre le Luxor et l'obélisque.

Plusieurs problèmes apparaissent, notamment la découverte d'une fissure de 8m à partir de sa base qui n'était pas prévue, ce qui oblige à revoir les plans du système d'abattage... On construit ensuite un glissoir en bois  sur le chaussée de halage pour faciliter le transport jusqu'au bateau.  

Enfin, le 31 octobre, l'obélisque est abattu, mais il pointe dans la mauvaise direction et il faudra plusieurs semaines pour corriger sa position. Finalement, le 19 décembre 1831, l'obélisque est chargé dans le bateau, dont l'avant a été scié, et solidement amarré.

Nouveau problème: à cette époque de l'année, les eaux du Nil sont au plus bas, ce qui oblige l'expédition à attendre l'été prochain ! Pendant ce temps, les membres de l'expédition en profiteront pour partir à la découverte du sud de l'Egypte, une région que les savants de Napoléon n'avait pas pu atteindre...

Enfin, le 25 août 1832, le niveau du Nil est suffisamment haut pour permettre au bateau de lever l'ancre en direction de la France. Le poids de l'obélisque oblige le bateau à se laisser emporter par le courant tout en contrôlant sa vitesse pour ne pas heurter la rive.

Arrivé le 2 octobre à Rosette après un parcours de 750km, l'équipage, très affaibli par les épidémies de dysenterie, se retrouve confronté au même problème que l'année précédente, autrement dit, le niveau du fleuve à l'embouchure est trop bas pour passer. Finalement, grâce aux vents et aux courants, la profondeur du chenal est modifiée et le Luxor peut poursuivre sa route en direction d'Alexandrie, où il arrive le 2 janvier 1833. 

Là, le "Sphinx", premier navire de guerre à vapeur de la Marine, attend (depuis longtemps) le Luxor pour le remorquer jusqu'en France. Ce n'est que début avril que les bateaux repartent à cause des tempêtes hivernales. Le Sphinx étant un bateau à vapeur, le voyage du retour est rythmé par de nombreuses escales nécessaires au ravitaillement en charbon du bateau qui en consomme énormément.

L'expédition arrive à Toulon le 10 mai 1833, puis Cherbourg le 12 août. Le 2 septembre, Louis-Philippe monte à bord du Luxor et vient féliciter l'équipage. Puis, les bateaux repartent et arrivent au Havre. Le 14 septembre, le Luxor est amarré à Rouen et doit attendre trois mois la crue de la Seine pour remonter jusqu'à Paris.

Le 13 décembre 1883, le Luxor repart allégé au maximum et il est prévu de lui faire remonter la Seine en 12 jours. Sur la Seine, la navigation reste complexe, car les chevaux de halage doivent changer de rive en fonction de la configuration du fleuve et les passages sous les ponts se font à l'ade de cabestans ! On perd même trace du navire pendant quelques jours !

Le 23 décembre 1833, le Luxor est échoué au pont de la Concorde dans la cale construite spécialement pour lui. En août 1834, l'obélisque est déchargé du navire et posé sur une rampe, où il va attendre jusqu'en 1836 qu'on s'occupe de lui ! En fait, on se pose la question du piédestal ! L'original était en trop mauvais état et n'a pas pu être ramené. Après moult tergiversations, on décide d'extraire cinq blocs de granite dans le Finistère, d'un poids de 230 tonnes, qui seront ensuite déchargés sur la place de la Concorde en avril 1836.

Finalement, le grand jour est arrivé ! Le 25 octobre 1836 au matin, 350 artilleurs sont disposés sur les 10 cabestans de l'appareil de levage et entament le redressement de l'obélisque.

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A midi, le succès de l'opération semble certaine, aussi Louis-Philippe, accompagné de plusieurs personnalités politiques, fait son apparition au balcon de l'Hôtel de la Marine. A 14h30, l'obélisque est droit et repose entièrement sur son piédestal. Le roi se découvre, donnant le signal des applaudissements à l'immense foule des Parisiens qui était restée silencieuse jusque-là.

L'exposition se termine par les photos des différents obélisques égyptiens disséminés dans le monde entier: aux Etats-unis, à Londre, à Rome, à Istanbul, etc.

En 1839, le piédestal de l'obélisque sera gravé à l'or fin de textes commémorant les différents acteurs de l'expédition ainsi que des moyens employés. Il faudra attendre 1937 pour que l'obélisque soit classé Monument historique. En 1998, il sera coiffé d'un pyramidion en bronze doré, imitant celui qu'il arborait dans l'Antiquité et donnant ainsi l'impression de ce qu'il symbolisait, soit un rayon de soleil pétrifié. Le second obélisque de Louxor ne sera jamais ramené en France et sera "restitué" à l'Egypte.  

Voilà, la visite est terminée, j'espère qu'elle vous aura plu et vous aura donné envie d'y aller. Sachez qu'en ce moment, au Domaine de Trianon, à Versailles, se déroule une exposition sur les magnifiques maquettes impériales jusqu'au 14 septembre. C'est l'occasion de découvrir ces maquettes, issues de la collection du Musée de la Marine, qui rejoignent le lieu pour lequel elles avaient été commandées, la Gallerie des Cotelles du Grand Trianon.

Pour plus d'informations, allez sur le site du Musée National de la Marine, 17 place du Trocadéro, Paris 16ème. Métro Trocadéro, lignes 6 et 9.

Ouverture les lundi, mercredi, jeudi, vendredi de 11 à 18h et le samedi-dimanche de 11h à 19h.

Tarifs: collections 8,50€ (tarif plein) ; expositions + collections: 10€ (tarif plein). L'audio-guide est inclus.

PS: les photos viennent du site du Musée de la Marine.